Après le refus de Rachida Brakni, et la décision d’Agnès Ledig de rendre sa distinction, la Légion d’honneur perd des chevaliers. Des faits rares, mais pas nouveaux.
Après le refus de Rachida Brakni, et la décision d’Agnès Ledig de rendre sa distinction, la Légion d’honneur perd des chevaliers. Des faits rares, mais pas nouveaux.
Certains la refusent, d’autres la rendent des années plus tard. Très récemment, l’actrice Rachida Brakni a choisi de « décliner poliment » la Légion d’honneur, et la romancière Agnès Ledig a rendu celle qui lui avait été remise trois ans plus tôt. Car oui, remettre la légion d’honneur est honorifique, mais la refuser a presque toujours été politique.
La Légion d’honneur est la plus haute distinction nationale. Elle a été créée en 1802 par Napoléon, et elle est portée aujourd’hui par près de 77 000 personnes vivantes. Pensée pour récompenser les « soldats et les savants » de France, elle est remise au nom du chef de l’État et peut l’être à tous les citoyens français, « les plus méritants dans tous les domaines d’activité ».
Et ça, ça veut dire qu’on trouve un peu de tout : des artistes, des hauts fonctionnaires, des scientifiques, des intellectuels, ou encore des sportifs. Et c’est d’ailleurs ce que reprochent parfois certains heureux élus, qui n’estiment pas mériter une telle distinction.
C’est le cas des scientifiques Pierre et Marie Curie, qui n’y « voyaient pas la nécessité », ou encore de l’ancien président de la Cour des comptes Philippe Séguin, qui ne se voyait pas l’accepter, alors que son père était mort pendant la Seconde guerre mondiale sans la recevoir.
Pour Courbet, l’État est « incompétent en matière d’art »Pour d’autres, il n’est pas question que l’État décide ce qui fait l’honneur de leur activité. C’est le cas de l’actrice Rachida Brakni qui a refusé cette année de faire partie de la dernière promotion estimant que « la question de l’honneur se pose ».
Même chose en 1 870 avec Gustave Courbet qui rétorque que l’État est « incompétent en matière d’art » ou encore en 2015 avec l’économiste Thomas Piketty pour qui ce n’est pas « le rôle d’un gouvernement de décider qui est honorable ».
Enfin, il s’agit aussi pour nombre de distingués, et notamment des artistes et intellectuels, de cultiver leur liberté, et de prendre leurs distances avec le pouvoir en place. Nommé chevalier de la Légion d’honneur le 1er janvier 2013, l’auteur de bande dessinée Jacques Tardi, avait ainsi refusé cette distinction : « L’accepter serait une compromission. Je suis un homme libre et je veux le rester. Je ne veux rien avoir à faire avec le pouvoir politique, de droite ou de gauche », assurait-il au Parisien.
Avant lui, l’écrivain Jean-Paul Sartre avait émis les mêmes réserves. Il l’explique à la presse suédoise en 1964, pour justifier, aussi, son refus du prix Nobel : « L’écrivain doit refuser de se laisser transformer en institution, même si cela a lieu sous les formes les plus honorables, comme c’est le cas. »
Un mécontentement plus audibleEt prendre ses distances avec le pouvoir, c’est profiter du refus de la Légion d’honneur pour faire valoir ses désaccords avec des choix politiques. Par exemple, très récemment, c’est le cas de la romancière Agnès Ledig, Elle est aussi paysanne et sage-femme, et a décidé de rendre sa légion d’honneur trois ans plus tard, pour contester le vote de la loi d’urgence agricole, réintroduisant deux pesticides à titre dérogatoire.
Enfin, certains ont préféré prévenir, avant de voir un jour leur nom écrit au Journal officiel. C’est le cas de Coluche qui a promis qu’il irait, le cas échéant, « la chercher en slip pour qu’ils ne sachent pas où la mettre ». Ce qui a été suffisamment dissuasif.