Au parc des expositions de Bordeaux, la vie s’organise auprès des sinistrés des flammes. Ateliers de maquillage pour enfants, épicerie de fortune, salles pour animaux… Au sein de l’immense espace, des milliers d’évacués de l’incendie ont été accueillis depuis mercredi. ...
Si au plus fort de la crise, après les évacuations massives de la nuit de vendredi à samedi, le parc des Expositions de Bordeaux a hébergé jusqu'à 6000 personnes, il accueillait encore lundi plus d'un millier de réfugiés du feu. Depuis le mercredi 22 juillet, le parc des expositions est en mutation constante, au gré des besoins.
Dans le hall 1, une salle de repos a été ouverte pour les animaux de compagnie, juste à côté du service de soutien psychologique. Dans le hall 4, de l'autre côté de l'esplanade interminable, que la fumée et la chaleur rendent pénible à traverser, une épicerie de fortune a ouvert depuis deux jours, près de laquelle se trouve une garderie improvisée, où les enfants peuvent dessiner, se faire maquiller ou jouer au badminton. Fred Martine, magicien de 50 ans à la tête de la compagnie Magie & Cie, fabrique cet après-midi-là avec son fils Tom des fleurs, papillons, et autres hélicoptères de la défense civile en ballon pour les enfants. "Je n'allais pas rester chez moi à regarder le Tour de France. Si ça plaît, on reviendra", promet celui qui est aussi bénévole dans les hôpitaux.
Le hall 1, long bâtiment menacé de démolition dessiné par Jean Dubuisson et Francisque Perrier, a aussi été ouvert aux évacués depuis ce dimanche. Sous un petit chapiteau noir pliable, six ou sept enfants y empoignent un micro pour chanter Gims, Shakira et les chansons de la Reine des neiges face à l'écran et au projecteur installés par Tristan, 27 ans, habituellement DJ "pour les mariages, anniversaires et fêtes de divorce". "Ce matin, je me suis levé avec l'idée d'aider. Je me suis dit qu'un petit film, un karaoké, ça aiderait les gens à passer la détresse."
Swoany, 9 ans, arrivé vendredi 24 juillet après l'évacuation de Saint-Médard-en-Jalles, fait bouger la chaise en plastique sur laquelle il est assis en dansant. "Je me sens mal de ne plus être chez moi", lâche-t-il d'une voix triste avant de se retourner vers l'écran pour chanter avec les autres.
"Des actes inhumains": des chats retrouvés en Italie avec des chiffons inflammables attachés à la queue pour répandre les flammesLouana, illustratrice de 30 ans et bénévole sur le site depuis le matin même, se lance dans la chorégraphie de l'hymne de la Coupe du monde avec Laura, 7 ans. L'enfant est arrivée vendredi à 5 heures avec sa mère et ses trois frères, en vacances à Eysines. "Je leur ai dit, c'est comme le camping", sourit Clélia, masseuse de 46 ans qui s'occupe seule de ses quatre enfants et profite des animateurs bénévoles pour souffler.
"Ici, on voit surtout des personnes avec peu de moyens"La famille bénéficiera dans quelques heures d'un appartement dans le quartier de Nansouty à Bordeaux, l'un des 800 logements qui ont été mis à disposition par des habitants des communes autour de Bordeaux pour soutenir les évacués. Près de 250 places ont déjà été attribuées par la petite dizaine de bénévoles qui pianotent sur les ordinateurs, à quelques dizaines de mètres du stand de karaoké de Tristan. Un service qui vise à désengorger le parc des expositions et à commencer à envisager des solutions plus pérennes.
"Ici, on voit surtout des personnes avec peu de moyens, qui n'ont pas de familles ou d'amis. Tous ceux qui le peuvent se sont fait héberger ailleurs, ou se sont payé des hôtels", observe Bérenger, gestionnaire de parc immobilier, venu prêter main-forte avec son épouse, Emmanuelle. Lundi, 700 personnes ont déjà été relogées dans l'agglomération, au sein de logements plus pérennes, comme des internats ou des résidences étudiantes. De nombreux particuliers propose un chambre ou un appartement, voire une maison pour les déplacés. Certains sinistrés se rendent aussi plus loin dans d'autres centres d'hébergement, à Agen ou à Toulouse.
"Une ambiance totalement apocalyptique": la photo d'un couple de vacanciers face aux incendies fait le tour du mondeRobert et Julaiga, deux ouvriers retraités du secteur automobile, nés au Vietnam et arrivés du côté d'Arcachon il y a deux ans, s'apprêtent à quitter le parc des expositions pour se rendre au lycée de Blanquefort, où une chambre double sans cuisine leur a été attribuée. "Ça me rappelle la guerre de 1976, mais au moins, cette fois, il y a des gens pour nous aider", commente Robert. La plupart des membres de leur famille en France sont décédés, confient-ils. Julaiga a bien deux enfants, mais ils vivent à Paris et n'ont pas de place pour le couple. "On ne peut pas se plaindre, c'est juste difficile parce qu'on ne parle pas bien français", regrette Julaiga.
Au parc des expositions, le but est de s'organiser dans la durée : la situation est vouée à durer quelque temps. Le retour des 220 000 personnes évacuées n'aura pas lieu "tant que le feu ne sera pas fixé", a prévenu la préfète, Sophie Brocas, ce dimanche.
Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.