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Il coûte 70.000 euros par patient et c'est la plus grosse dépense de la Sécu: le prix de cet anticancéreux est dans le collimateur mais selon le labo il améliore la productivité en sauvant des vies

Дата публикации: 28-06-2026 04:59:00

Les laboratoires pharmaceutiques élèvent tour à tour le ton contre les coupes budgétaires à répétition, faisant baisser les prix des médicaments chaque année en France. Ils pressent les pouvoirs publics de consentir à un investissement plus massif dans l'innovation, affirmant qu'in fine, cela génèrerait des économies substantielles pour la société.

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Les laboratoires pharmaceutiques élèvent tour à tour le ton contre les coupes budgétaires à répétition, faisant baisser les prix des médicaments chaque année en France. Ils pressent les pouvoirs publics de consentir à un investissement plus massif dans l'innovation, affirmant qu'in fine, cela génèrerait des économies substantielles pour la société.

Comme les messages de prévention diffusés sur les écrans TV, l'industrie pharmaceutique répète inlassablement sa plaidoirie en faveur de l'innovation. À l'échelle de l'Union européenne, comme de la France, les fédérations et lobbies du secteur pressent les pouvoirs publics d'investir plus massivement dans les médicaments innovants, promettant des retombées économiques susbtantielles dans les autres sphères de la société.

Mardi 23 juin, la fédération des industries pharmaceutiques européennes (Efpia) publiait ainsi une étude selon laquelle "1 euro investi dans les médicaments innovants rapporte 5,67 euros à l'Europe", soit un gain net de 467%.

Deux jours après, le Leem, principale organisation représentative des laboratoires en France, alertait contre les délais d'attente toujours plus longs pour accéder aux traitements les plus prometteurs: en médiane 520 jours pour les patients de l'Hexagone contre seulement 56 jours pour leurs voisins allemands.

Moins d'un tiers des remboursements de médicaments

En valeur absolue, la Sécu dépense pourtant davantage dans les médicaments innovants. En 2024, l'Assurance maladie remboursait 10,7 milliards d'euros contre 8 milliards en 2017 au titre des traitements étiquetés "ASMR I à III", c'est-à-dire ceux dont l'amélioration du service médical rendu évalué par la Haute autorité de santé (HAS) est la plus significative par rapport à l'offre pharmaceutique existante.

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Mais proportionnellement, le poids de ces traitements innovants ne pèse pas beaucoup plus lourd aujourd'hui dans le budget de la Sécu dédié aux médicaments: 31% des dépenses de remboursement effectuées par l'Assurance maladie obligatoire en 2024 contre 28% sept ans plus tôt.

Des anticancéreux dépassent le milliard d'euros de remboursements à l'année

Face aux laboratoires, des voix s'élèvent néanmoins contre les prix excessifs. En janvier, l'ancien "monsieur vaccin" du gouvernement, le professeur Alain Fischer, dénonçait dans les colonnes du Quotidien du médecin des "prix exhorbitants" des médicaments innovants, favorisant "une médecine de riches".

"Il n'y a pas une thérapie génique dont le prix soit raisonnable et cette situation ne fait qu'empirer", affirmait-il, citant par exemple le Kaftrio, célèbre médicament indiqué dans le traitement de la mucovicidose.

Quelques mois plus tôt, en septembre 2025, l'association de consommateurs Que-choisir Ensemble (ex-UFC Que choisir, NDLR) haussait également le ton, s'attaquant directement au Keytruda, l'anticancéreux le plus vendu au monde. "Jusqu’à 70.000 euros par patient et par an: c’est le coût du Keytruda, qui concerne près de 90.000 malades en France. Le prix affiché dépasse 2.000 euros le flacon, mais les 'remises' négociées entre l’État et les industriels sont gardées secrètes, au nom du sacro-saint secret des affaires", fustigeait l'association.

Selon les données de l'Assurance maladie, le Keytruda a effectivement coûté pas moins de 2,1 milliards d'euros de remboursements de médicaments en 2024. Il est ainsi le médicament le plus coûteux pour la Sécu en matière de remboursement, devant le Darzalex, un autre anticancéreux (1,05 milliard d'euros) et le Vyndaqel, prescrit en cardiologie (965,8 millions d'euros).

4 cancers coûtent 2,5 milliards d'euros à l'économie française

Ces montants, certes très élevés, sont toutefois à relativiser avec le fait que ces médicaments ont d'abord fait l'objet d'une procédure d'accès précoce pour les patients en impasse thérapeutique. Puis ces traitements, une fois définitivement mis sur le marché, n'ont pour l'instant pas d'alternative thérapeutique et leurs brevets n'étant pas levés, leurs prix ne baissent pas significativement comme le permettraient des formules génériques (des sortes de copies des médicaments originels, NDLR).

"On traite aujourd'hui beaucoup le Keytruda sous le versant économique et on en fait un bouc émissaire de dépassement du budget", s'agace Clarisse Lhoste, présidente de MSD France, filiale du laboratoire américain Merck.

"Un, ce n'est pas ça qui fait exploser le budget, deux, il est ultra régulé", insiste-t-elle, pointant du doigt les négociations très encadrées des prix par le comité économique des produits de santé (CEPS), adossé au ministère de la Santé, qui s'appuie sur les avis formulés par la HAS en matière d'efficacité.

Lancé sur le marché depuis 2014, le Keytruda a de plus la particularité d'évoluer dans le temps, avec un élargissement significatif de ses indications thérapeutiques. Initialement autorisé uniquement dans le traitement du mélanome, cet anticancéreux est désormais prescrit dans 26 indications thérapeutiques différentes en France. "Deux demandes d'accès précoces sont d'ailleurs en cours pour le cancer de la vessie et celui de la tête et du cou", précise MSD France.

Plutôt que de regarder uniquement le prix net d'un médicament innovant, Clarisse Lhoste appelle à observer les retombées économiques indirectes pour la société. D'après une étude menée par MSD France, dont les résultats complets seront présentés publiquement en novembre prochain, "entre 2014 et 2023, les médicaments innovants ont permis de réduire d'un milliard d'euros, les pertes de productivité liées à 4 cancers (poumon, vessie, mélanome et sein).

Les pertes s'élevaient à 2,5 milliards d'euros en 2023, contre 3,5 milliards d'euros en 2014. Par "perte de productivité", il faut comprendre la valeur de la richesse économique qui n'est plus créée entre l'âge du décès prématuré et l'âge théorique de départ à la retraite.

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