Ouvrir une nouvelle page du combat national. C'est l'objectif affiché par les militants de Nazione pour la 44e édition des Ghjurnate Internaziunale di Corti. Le mouvement indépendantiste, opposé au processus de Beauvau, souhaite lancer une nouvelle dynamique.
Diffusé le mardi 4 août 2026 à 7h44
Publié le mardi 4 août 2026 à 7h44
Ouvrir une nouvelle page du combat national. C'est l'objectif affiché par les militants de Nazione pour la 44e édition des Ghjurnate Internaziunale di Corti. Le mouvement indépendantiste, opposé au processus de Beauvau, souhaite lancer une nouvelle dynamique.
Le mouvement indépendantiste Nazione, opposé au processus de Beauvau, souhaite lancer une nouvelle dynamique. Interview avec son porte-parole, Petr'Anto Tomasi.
ICI RCFM - Les journées internationales sont en quelque sorte la grand-messe de la famille indépendantiste, mais est-ce que dans le monde actuel, cette idée même n'est pas devenue réductrice ?
Petr'Anto Tomasi - Je crois qu'elle n'est pas du tout réductrice, au contraire, nous voyons qu'il y a à l'échelle internationale des dynamiques qui sont communes et qui ne sont pas simplement propres à la Corse et nous aurons l'occasion de l'évoquer avec nos alliés du Front international de décolonisation, c'est-à-dire les mouvements des dernières colonies françaises, la Guyane, la Martinique, la Guadeloupe, la Kanakie, où il y a de forts mouvements de décolonisation en faveur de l'indépendance, la question de la Catalogne sera toujours d'actualité et ce n'est pas une question qui est fermée, on se souvient qu'il y a maintenant près d'une décennie, les Catalans ont voté très massivement pour l'indépendance. On voit qu'il se passe des choses aussi au Pays Basque, en Écosse et ailleurs, et donc ce sera une fois encore le moment où l'on va avoir des retours d'expérience et comparer ce qui peut l'être et essayer de profiter aussi d'un certain nombre de retours de nos alliés à l'international.
Ces journées internationales arrivent alors qu'on célèbre les 50 ans de la création du FLNC, vous apportez d'ailleurs un soutien à son action dans le fil historique, mais est-ce qu'aujourd'hui, en 2026, ce modèle est arrivé à bout de souffle ?
Moi ce que je note c'est que le FLNC est toujours une organisation qui participe au débat politique, ce n'est pas une organisation qui appartient au passé et donc nous sommes solidaires politiquement du FLNC, nous avons été solidaires au moment où en 2014 il a initié un changement de cap stratégique, nous sommes toujours aujourd'hui solidaires de son action et je crois que malheureusement les causes qui ont... conduit à la création du FLNC, il y a maintenant 50 ans, n'ont pas toutes été traitées au fond et qu'au contraire un certain nombre de périls sont encore renforcés. Je crois qu'aujourd'hui le devoir du mouvement de libération nationale c'est de faire en sorte que le peuple corse recouvre ses droits nationaux et trouve les voies et moyens de mettre un terme à un certain nombre de périls liés à la colonisation de peuplement, à la spéculation foncière et immobilière ou à une dépossession multiforme.
Nazione a connu des défections récemment, de la part de plusieurs militants et non des moindres, notamment votre voix à l'Assemblée de Corse, Josepha Giacometti-Pireda... Dans ce contexte, comment Nazione peut continuer à vivre et essayer de proposer des idées ?
Nazione va s'employer à tracer la feuille de route politique qui a été adoptée par ces militants rassemblés en nombre au mois de juin dernier à l'Université. L'international en est l'une des dimensions, ça n'est pas la seule. Vous avez pu noter que Nazione s'est également redéployée sur le terrain, notamment sur le terrain social, et lors de ces Ghjurnate internaziunale, nous entendons bien continuer à faire de ce moment un espace de débat serein, de débat patriotique avec des invités issus du mouvement national, mais également ouvert à d'autres sensibilités politiques, à des acteurs du monde économique, social, agricole, syndical, pour essayer de tracer des perspectives d'avenir. Le débat constitutionnel va arriver à son épilogue, et vous savez le jugement très négatif que nous avons de ce point de vue, mais en toute hypothèse, dans quelques mois, Beauvau sera terminé, et il faudra ouvrir une nouvelle page de l'histoire du mouvement national. C'est ce que nous nous proposons de faire à travers ces journées pour envisager demain une plateforme revendicative commune.
Vous souffrez aussi de cette concurrence avec l'autre parti indépendantiste en Corse, Core in Fronte ?
Nous, on n'est pas dans une logique de concurrence. Je crois qu'aujourd'hui, Core in Fronte et Nazione développent des options stratégiques qui sont très différentes, y compris d'ailleurs vis-à-vis du projet de loi constitutionnelle et du statut de la Corse et du processus dit de Beauvau, que Core in Fronte soutient et c'est son choix, mais que nous rejetons pour notre part. Nous, nous disons simplement que dans ce débat politique, qui n'a pas vocation à être monolithique, et dans ce mouvement national qui a vocation aussi de continuer à vivre de son pluralisme, qui est une richesse, nous allons continuer à porter nos options et à dire qu'aujourd'hui, pour notre part, l'option qui est la plus conforme aux intérêts corses, c'est de rejeter ce projet de Beauvau qui est contraire aux intérêts de la Corse, essayer de lutter sur le terrain et par une plateforme de revendication contre la colonisation de peuplement qui menace l'avenir du peuple corse et contre la dépossession multiforme qui est également à l'œuvre.
Enfin, c'est dans ce contexte que l'on voit Jean-Guy Talamoni, l'ancien président de l'Assemblée de Corse, revenir au premier plan, quel est son rôle dans Nazione aujourd'hui ?
Jean-Guy Talamoni n'a jamais quitté la scène politique et le combat politique. Il était militant, sans responsabilité, après la fin de son mandat à l'Assemblée de Corse. Il est vrai que les militants l'ont élu avec d'autres pour retrouver une place au sein de notre exécutif et je crois que la présence de Jean-Guy Talamoni, c'est bien sûr un gage de fidélité aux idées, de continuité historique et surtout un apport pour notre mouvement et nous sommes très fiers qu'il soit à nos côtés.
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