Thomas Dermine et l’économiste Philippe Defeyt avancent quelques préalables à la fusion des communes en Wallonie. ...
Depuis la précédente législature, les communes wallonnes qui le souhaitent peuvent fusionner. Elles sont encouragées à la faire : un incitant financier est prévu pour les récompenser. Bastogne et Bertogne en ont profité sous la précédente législature. Le ministre des Pouvoirs locaux, François Desquesnes (Les Engagés), conseillait d'ailleurs dans La Libre du 29 août aux communes d'envisager cette fusion sur base volontaire avant qu'elles y soient obligées. Le ministre est en effet persuadé que ce dossier sera l'un des enjeux de la campagne pour les régionales de 2029. Avec comme conséquence potentielle, la possibilité pour la Région d'imposer une fusion aux communes, comme ce fut le cas en 1976.
Économie d'échelle, gain d'efficacité… les arguments en faveur des fusions ne manquent pas. Mais pour certains, ce n'est pas forcément la voie à suivre.
Thomas Dermine, le bourgmestre de Charleroi (PS), a d'autres idées pour l'avenir des communes wallonnes. Il s'apprête à sortir un ouvrage − La Révolution des communes : Charleroi laboratoire d'une nouvelle organisation territoriale en Wallonie (éd. Racine) − consacré à cette question avec, en toile de fond, la fusion de Charleroi et d'une grande partie de ses communes limitrophes en 1976.
Politiquement difficile"La vraie question, souligne Thomas Dermine, est celle de la solidarité autour d'un bassin de vie". Il cite en exemple Charleroi Métropole qui regroupe trente communes allant du nord de Charleroi à Chimay en passant par des communes de la province de Namur comme Couvin, Viroinval ou encore Sambreville. Il lui semble nécessaire de repenser la supracommunalité de cette manière plutôt que d'opter pour des fusions. "On pourrait ainsi à cette échelle mutualiser des services comme ceux qui sont rendus par les CPAS mais aussi pour la culture, le sport, les logements publics, etc.".
Pour lui, les fusions peuvent être intéressantes pour les grandes villes. "Il serait logique que les villes absorbent leur périphérie, c'est à mes yeux la seule fusion qui a du sens. Anvers a procédé de la sorte." "Les grandes villes prennent financièrement en charge différents services – les piscines par exemple – qui bénéficient à des citoyens vivant dans les communes périphériques", avance-t-il en guise d'argument.
Il plaide pour une approche réaliste des fusions, dont la réussite dépend du contexte et de moments favorables : "si l'un des hommes forts de la commune s'en va et qu'un autre arrive, si les majorités des deux entités sont identiques…" L'exemple de Liège et de Herstal dirigées par deux socialistes – Willy Demeyer et Frédéric Daerden – est éloquent à ce sujet : les deux communes sont en discussion.
Adrien Dolimont (MR) : "Un jour, il faudra forcer les communes à fusionner"Une fiscalité identiquePhilippe Defeyt, économiste et ancien mandataire écolo, livre lui aussi une analyse sur la question des fusions. Selon lui, avant de l'envisager, il serait utile et nécessaire de "repenser les pouvoirs locaux". Il est à ses yeux indispensables de lancer une réflexion sur l'organigramme des communes. "Des réformes sont en effet souhaitables en la matière quelle que soit la taille des communes. Faut-il garder toutes les compétences, légales ou autres, assurées par les communes ? À mes yeux non. Par exemple, l'enseignement communal pourrait être confié à Wallonie-Bruxelles Enseignement". Cela serait d'ailleurs pour lui une façon de "traiter de manière équitable tous les enfants scolarisés dans le public".
Il donne aussi l'exemple de la nécessité de rationaliser et de simplifier la fiscalité communale. Il note par exemple une différence incompréhensible, d'une commune à l'autre, du coût d'un mariage civil.
Pour lui, la fiscalité communale doit être régionale et "les recettes seraient redistribuées aux communes avec une véritable et juste péréquation".
Parmi d'autres, tels sont les préalables indispensables avant d'aborder la question des fusions de communes. Malheureusement, regrette-t-il, "le gouvernement wallon semble souvent donner priorité aux questions de tuyauterie".
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