Donald Trump, avec la nouvelle loi Graham promulguée récemment, s'attaque aux partenaires commerciaux de la Russie. Et instaure un nouvel instrument de coercition qui pourrait être revu en fonction des intérêts des États-Unis. ...
Un grand pouvoir… Donald Trump est-il en train de tisser une nouvelle toile d'araignée qui pourrait gêner l'Europe ? La question se pose alors qu'il a promulgué ce 18 septembre une nouvelle loi, la loi Graham, peu de temps avant l'Assemblée des Nations unies qui s'est déroulée le mardi 22 septembre 2026.
Le principe ? Les États-Unis veulent pouvoir sanctionner commercialement les pays qui continuent d'acheter massivement du pétrole ou du gaz russe. Washington pourrait imposer de lourds droits de douane, jusqu'à 100 % de taxes, aux produits issus de pays qui importent encore de l'énergie en provenance de Russie. Parmi les principaux pays visés, on retrouve la Chine et l'Inde. Mais, entre les lignes, quelques menaces apparaissent aussi pour l'Europe.
"Ce qui inquiète, c'est ce qui est implicite"
"Les pays de l'UE ont obtenu des dérogations. Si on applique ce qu'il y a dans la loi Graham, il n'y a pas trop de craintes à avoir pour les Européens. Le seuil de 15 % évoqué est plutôt rassurant", estime Éric Dor, professeur d'économie à l'IÉSEG School of Economics. Précisons que ce seuil de 15 % signifie que la loi vise les pays qui importent plus de 15 % du volume de pétrole ou de gaz russes concerné par le dispositif.
"Mais ce qui inquiète, c'est ce qui est implicite", lance-t-il directement après. Le diable est dans les détails. "C'est encore un renforcement du potentiel de coercition de Donald Trump. C'est un levier supplémentaire pour les États-Unis pour imposer une extraterritorialité de leurs mesures au monde entier, une logique qu'ils tentent d'imposer depuis des décennies", poursuit Éric Dor.
À l'ONU, Trump s'attaque à ses sujets économiques préférés et veut rebaptiser le mot "intelligence artificielle""En menaçant les entreprises européennes, les banques, etc., les États-Unis nous forcent à nous aligner sur leur politique étrangère. Le danger est implicite mais ils peuvent très vite en abuser ou changer les règles du jeu. C'est très trumpien, il s'est déjà vanté de cette tactique", note-t-il.
Et cette loi arrive alors que, depuis plusieurs mois, la Commission européenne tente déjà de trouver une ligne commune face aux pressions commerciales américaines. Et ce n'est pas une mince affaire. "Les divisions entre États membres n'aident pas, par exemple, entre la France qui veut aller plus vite et l'Allemagne qui se montre plus prudente", poursuit l'économiste.
Autre question dans ce cadre : Donald Trump pourrait-il remettre en cause l'accord passé en Écosse avec Ursula von der Leyen à l'été 2025 ?
"L'accord où on s'est complètement couchés devant Trump ? Bien sûr qu'il pourrait le remettre en cause. Il l'a déjà fait, avec des menaces sur le Danemark (lors de sa volonté d'annexer le Groenland, NdlR) avec la question du Groenland, sur l'Espagne, etc. Il a toujours laissé entendre que ces accords seraient conditionnels", ajoute Éric Dor.
Hongrie et Slovaquie dans une position délicateAu sein de l'Union européenne, deux pays ont davantage de raisons de surveiller la nouvelle loi américaine : la Hongrie et la Slovaquie. Leur talon d'Achille est connu : leur forte dépendance aux hydrocarbures russes.
"Ils ont encore trop besoin des hydrocarbures russes, d'où leur opposition à certaines sanctions, américaines comme européennes", rappelle Éric Dor.
Certes, les deux pays sont loin de figurer parmi les cinq principaux importateurs mondiaux de pétrole ou de gaz russe. "Mais ces pays ont quand même peur", répond Éric Dor.
Pourquoi ? Parce que les exemptions prévues par la loi Graham sont, entre autres, liées à la volonté des pays concernés de réduire progressivement leur dépendance énergétique à Moscou. Et, sur ce terrain, la Hongrie et la Slovaquie traînent les pieds.
guillement"Ils espèrent donc obtenir des dérogations de la part de Donald Trump"
"L'accord accorde un délai pour s'ajuster mais à condition que les pays européens mettent tous en œuvre des mesures pour s'affranchir des hydrocarbures russes. Or, la Hongrie et la Slovaquie ne veulent pas respecter certaines conditions que le bloc des 27 a acceptées", avance-t-il.
"Ces pays soutiennent néanmoins le trumpisme et ont une attitude ambiguë vis-à-vis de la Russie. Ils espèrent donc obtenir des dérogations de la part de Donald Trump", poursuit-il.
Et la Belgique ?Pour la Belgique, le risque paraît nettement plus faible. Mais il y a un gros point noir : Zeebruges. Le port belge reste un point d'entrée important pour le gaz naturel liquéfié, y compris du GNL russe, et évidemment américain. La Belgique peut donc difficilement considérer qu'elle est totalement en dehors du radar.
"Dites à Donald Trump de se dépêcher": deux dossiers ultra-sensibles s'invitent au débat entre Bill White et Theo Francken"Une partie des hydrocarbures russes circulent via la flotte fantôme, transite par des pays tiers, est parfois raffinée ailleurs, puis réexportée… Et on peut se demander quelle part arrive à Zeebruges", questionne Éric Dor, avant d'insister : "S'il veut nous embêter, il pourra trouver quelque chose. C'est ça le danger", ajoute-t-il.
L'Oncle Sam, le grand gagnantIronie de l'histoire : l'Union européenne prévoit déjà de réduire drastiquement ses achats d'énergie russe d'ici 2027.
Les importations de GNL russe dans le cadre de contrats à long terme seront interdits après le 1er janvier 2027, conformément au dix-neuvième paquet de sanctions. Pour le gaz russe acheminé par gazoduc dans le cadre de contrats à long terme, l'interdiction doit entrer en vigueur le 30 septembre 2027, sous réserve que les États membres soient en mesure de respecter leurs objectifs de remplissage des stocks. En cas de difficultés, cette échéance pourra être repoussée au 1er novembre 2027. L'UE vise ainsi la fin complète des importations de gaz russe, qu'il s'agisse de GNL ou de gaz par pipeline, au plus tard à l'automne 2027. L'Europe et les États-Unis s'alignent donc sur une même stratégie de sanctions vis-à-vis de la Russie.
"Mais cela sert surtout directement les intérêts des États-Unis parce que la crise gazière européenne profite aux exportations de GNL américain", rappelle Éric Dor. "Pour eux, c'est bingo", termine-t-il. On vous disait, un grand pouvoir…
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