Cette adaptation baroque du roman de James Ellroy par De Palma donne un polar touffu, passionnant et généreux, qui dit tout du rapport compliqué qu’entretient le cinéaste avec l’usine à rêves. Ce soir à 21h sur Ciné+ Grand Ecran et disponible à la demande sur myCANAL.
Scarlett Johansson et Josh Hartnett dans « le Dahlia noir » ALAMY STOCK PHOTO
Objet étrange, imparfait mais passionnant, « le Dahlia noir » a pour Brian De Palma des airs de baroud d’honneur hollywoodien, de testament contrarié. Produit par Art Linson, l’homme qui a financé « les Incorruptibles » et « Outrages » dans des conditions classiques, ce film est cette fois monté à la marge des studios, dans la lignée des projets européens tournés par le cinéaste de « Femme fatale » à partir des années 2000.
S’appuyant sur une myriade de capitaux étrangers, il reconstitue en Bulgarie le Los Angeles des années 1940, cadre de l’enquête du meurtre barbare d’Elizabeth Short, belle et naïve aspirante actrice. Entre soucis d’économie et ampleur revendiquée - la présence de Scarlett Johansson, alors à son sommet, en atteste -, verdeur de la mise en scène et atmosphère déliquescente, stylisation extrême et explosions de sauvagerie, « le Dahlia noir » trace une drôle de troisième voie.
Ultime baignade en eaux troublesSon charme se nourrit précisément de cette ambivalence : en cela fidèle au roman de James Ellroy, De Palma se love dans un foisonnement de trompe-l’œil et d’illusions chamarrées, croque des personnages menteurs et gémeaux, tisse un dédale d’intrigues où le vertige, l’enthousiasme le disputent à un mélange de frustration et d’amertume.
Il faut toutefois s’autoriser à se perdre dans cette confusion semi-volontaire pour mieux apprécier les fulgurances qui surgissent ici et là, se raccrocher tantôt à ces envoûtantes scansions qui n’appartiennent qu’à Ellroy (la voix off lyrique), tantôt aux vieilles obsessions d’un cinéaste qui, malgré son brio et son application, ne parvient pas toujours à plier entièrement ce riche matériau à sa vision d’auteur.
Pourtant, « le Dahlia noir » réveille de vieux fantômes « depalmiens » : la photo cendrée de Vilmos Zsigmond, chef opérateur de « Blow out » (vingt-cinq ans qu’ils n’avaient pas tourné ensemble), la présence furtive mais traumatique de William Finley, l’acteur binoclard de « Phantom of the Paradise », les jaillissements d’hémoglobine et les grands couteaux de « Sisters »… Après cette ultime baignade en eaux troubles, le cinéaste tournera définitivement le dos à Hollywood.
◗ Samedi 26 septembre à 21h sur Ciné+ Grand Ecran. Polar américain de Brian De Palma (2006). Avec Josh Hartnett, Scarlett Johansson, Hilary Swank. 1h56. (Disponible à la demande sur myCANAL).
Par Guillaume Loison
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