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Bérénice Pichat : “Pour les mêmes activités, on est un salaud ou un héros”

Дата публикации: 12-09-2026 13:02:21

“La Petite Bonne” a remporté le prix des libraires en France et en Belgique. Dans son second roman, l’autrice s’intéresse au marché noir durant l’Occupation. ...

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Sacrée Prix des librairies indépendantes de Belgique et Prix des libraires en France, Bérénice Pichat a connu un incroyable succès avec son premier roman, La Petite Bonne . La version "poche" s'est vendue à 116 000 exemplaires et la version "grand format" flirte avec les 95 000 ventes. "Cette aventure de La Petite Bonne est formidable car j'ai reçu une quarantaine d'autres prix. C'est toujours une grande joie de sentir à quel point ce texte est aimé. Cela fait chaud au cœur, vraiment" , explique cette écrivaine normande, professeure des écoles. "Cette année, je suis à mi-temps. Ce qui va me permettre de me consacrer plus facilement aux rencontres littéraires."

Au cœur de la Seconde Guerre

Dans son premier roman, Bérénice Pichat s'intéressait à l'entre-deux-guerres en imaginant un huis clos triangulaire (une bonne et ses patrons). En partant du personnage de la domestique qui lui était "apparu". Son second livre, un peu moins prenant que le précédent, se situe en pleine Seconde Guerre mondiale et il est, lui aussi, né d'une "vision", puisque Servane a surgi sans prévenir de son imagination il y a déjà trois ans. "Elle était dans une gare, elle avait très peur de ne pas réussir une mission dont j'ignorais tout. Il était midi sous cette grosse horloge et il fallait qu'elle récupère quelque chose. Une fois que j'ai eu ce personnage, j'ai dû la placer dans un contexte."

Bérénice Pichat, lauréate du premier Prix des librairies indépendantes avec "La Petite Bonne"

En l'occurrence, l'Occupation. Alors, l'autrice a mené des recherches sur cette période. En lisant des essais et des thèses, des récits de résistantes et en rencontrant des témoins directs dans des maisons de retraite. Ce travail de documentation lui a permis de trouver le terreau fertile de son nouveau livre : le marché noir. "Il n'y a pas grand-chose sur le marché noir. Les gens ont très peu gardé de traces de cela, dans la mesure où c'était illégal. Ce thème est aussi très peu traité en tant que sujet principal en littérature ou au cinéma." Même si l'on pense à La Traversée de Paris ou au roman de Marcel Aymé : Le Chemin des écoliers .

Sans manichéisme

Le travail de recherche de l'historien Fabrice Grenard ( La France sous le marché noir ) a été prépondérant. Notamment pour comprendre le basculement qui s'est opéré au sein du marché noir en 1943. "Au départ, il était télécommandé par les Allemands qui avaient créé des bureaux d'achats clandestins pour se procurer toutes les matières premières que les Français ne voulaient pas leur vendre directement. Ils vendaient aux intermédiaires qui revendaient aux Allemands. Tout le monde prenait une commission, c'était méprisable, développe-t-elle avant de poursuivre. Quand, en 1943, Vichy signe de nouveaux accords avec l'Allemagne qui permet aux occupants de se servir légalement dans la production française, tous ces bureaux d'achats deviennent inutiles. La milice est créée pour lutter contre le marché noir. La résistance va s'appuyer sur lui pour trouver des fonds. Pour les mêmes activités, on est un salaud ou un héros", pointe l'autrice qui est parvenue, notamment à travers le personnage de Paul, à ne pas tomber dans le manichéisme.

Dans La Petite Bonne, le personnage de "Monsieur" avait été créé en contrepoint de la domestique. C'est le cas, ici aussi, de son second personnage principal qui évolue en miroir de Servane.

La jeune femme s'intéresse au marché noir pour survivre, être utile et se "sentir exister", quand le second le fait pour s'enrichir. Ce qui explique la structure duale du livre. "J'ai écrit ces deux parties de façon totalement indépendante." Même s'ils finiront par se croiser.

D'autres personnages ont été ajoutés par Bérénice Pichat pour pimenter son récit, jouer avec les lecteurs jusqu'au bout, via des fausses pistes. "J'aime beaucoup faire ça. Je fais confiance à l'intelligence des lecteurs."

La Petite Bonne avait été écrit d'une traite et le texte était "globalement abouti", porté notamment par les passages en vers libres pour nous plonger dans la tête de la domestique. L'autrice a utilisé le même procédé pour faire parler l'un de ses personnages. "Mais moins." Sans pouvoir trop en dire.

Un marché noir a demandé davantage de travail à l'autrice. Le premier jet envoyé aux Avrils comptait 450 pages. Un travail de "débroussaillage" avec ses éditrices a été nécessaire pour réduire ce texte à 292 pages et le rendre "plus dense" .

Ce travail éditorial "quasiment de montage" va lui servir pour ses prochains livres. A-t-elle eu déjà une vision ? "Oui. Je serai plutôt autour de la place des femmes dans les années 80" , confie celle qui écrivait des livres d'histoire à 9 ans… "Sur Aliénor d'Aquitaine…" .

Un hasard improbable

Contrairement à Maylis de Kerangal dans Jour de ressac , Bérénice Pichat n'a pas souhaité planter l'intrigue dans sa ville – Le Havre – détruite à 90 % par les Alliés. Elle a opté pour Paris car "il était vraiment possible de mourir de faim intra-muros, ce qui était certainement moins le cas au Havre."

Cette ville de Seine-Maritime est intimement liée au Plat pays puisque le gouvernement belge s'était installé en exil à Saint-Adresse, soit à moins de 3 kilomètres du Havre pendant la Première Guerre mondiale.

L'amitié belgo-normande perdure, grâce à Anne-Pascale Delanaye de la librairie L'Escale à Liège. Cette dernière a offert à l'autrice Lequel de nous portera l'autre ? de Violaine Lison. Bérénice Pichat a découvert qu'elle vivait dans la maison de Herman, l'amoureux de Léonce Delaunoy, brancardier "ressuscité" par l'autrice belge dans son livre…

"Lequel de nous portera l'autre ?" de Violaine Lison : les secrets d'un soldat wallon tué en 1918

Cette dernière, enseignante elle-même à Tournai, s'est déplacée jusqu'en Normandie pour rencontrer sa consœur en février dernier. Deux mois après, elle lui a succédé en tant que lauréate du prix des Libraires francophones de Belgique...

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