À 80 ans, Michel, ex-professeur de mathématiques de lycée, habitant Saint-Projet (Tarn-et-Garonne), comparaissait, le 21 juillet 2026, devant le tribunal judiciaire de Montauban pour des agressions sexuelles sur ses...
l'essentiel À 80 ans, Michel, ex-professeur de mathématiques de lycée, habitant Saint-Projet (Tarn-et-Garonne), comparaissait, le 21 juillet 2026, devant le tribunal judiciaire de Montauban pour des agressions sexuelles sur ses petites-filles, âgées de six à onze ans entre 2009 et 2018. Révélée en décembre 2024, l'affaire a bouleversé toute une fratrie. Jugé au-delà des réquisitions, l'octogénaire a été condamné à quatre ans de prison, dont deux ferme, et sera écroué avec délai différé.
Il monte le son de ses appareils auditifs, tend l'oreille, puis renonce. La greffière finit par lui glisser un second boîtier pour malentendants, qu'elle enfouit dans la poche de sa chemisette. Grand, le dos cassé par l'âge, Michel Poreaux, 80 ans, avance avec difficulté jusqu'à la barre de la petite salle d'audience Clémence-Jusselin du tribunal judiciaire de Montauban ce 21 juillet 2026.
Cheveux longs et blancs, calvitie luisante au sommet du crâne, moustache hirsute poivre et sel, lunettes posées bas sur le nez : cet ancien professeur de mathématiques, qui est installé avec son épouse à Saint-Projet, dans le Tarn-et-Garonne, est passé, jusqu'ici, entre les mailles du filet judiciaire.
Il est soupçonné d'agressions sexuelles sur ses petites-filles, âgées à l'époque des faits entre six et onze ans, entre 2009 et 2018. C'est en décembre 2024 que tout bascule. Dans cette fratrie de trois enfants, l'une des petites-filles de l'octogénaire, alors âgée de 15 ans, trouve enfin les mots pour dénoncer le comportement incestueux de son grand-père.
"À plusieurs reprises lorsqu'elle était en vacances scolaires estivales chez vous, elle dénonce des attouchements sur son sexe lorsqu'elle est sortie du bain", égrène la présidente Aude Sallafranque, d'une voix posée mais qui ne laisse rien passer.
Un mode opératoire préméditéLe mode opératoire du vieil homme, minutieux, se dissimulait derrière des gestes présentés comme anodins, presque pédagogiques. "Vous la prenez sur vos genoux pour l'initier, dites-vous, à l'usage de la tablette et en profitez pour lui toucher sa poitrine et son sexe", poursuit la magistrate. Les "discussions dites philosophiques", le soir, au moment du coucher, servaient le même dessein.
Face à elle, Michel cherche ses mots, s'accroche à un raisonnement qui vacille. "Elle ne s'est jamais débattue", argue-t-il, avant d'ajouter, comme une preuve de sa bonne foi : "Un jour, elle n'a plus voulu venir sur mes genoux, je n'ai pas insisté." Un silence pesant traverse la salle. "Maintenant, j'ai compris, se rattrape-t-il, qu'un enfant de moins de 15 ans il n'y a pas de consentement."
La présidente ne le laisse pas s'en tirer à si bon compte. "Et plus de 15 ans avec son grand-père ?", rétorque-t-elle aussitôt. De longs soupirs, puis un silence qui dit tout. "Vous avez conscience de vos actes et des conséquences que cela a eues sur elle ?", insiste la magistrate, rappelant que l'adolescente, déjà harcelée à l'école à cette période, a très mal vécu ces agressions, au point de faire une tentative de suicide.
"Comment on ne peut pas savoir à 70 ans que ce n'est pas possible !""À cette époque-là, non, ce sont les agents judiciaires et la psychologue qui me l'ont fait comprendre", répond le vieil homme. La présidente hausse alors le ton, patiente mais incrédule : "Comment on ne peut pas savoir à 70 ans que ce n'est pas possible ! Vous étiez professeur de maths en lycée." Elle répète, articule, pendant que le prévenu porte la main à son oreille pour signifier qu'il n'entend pas.
Puis vient une phrase qui glace l'assistance. "Je sais que vous avez raison, je ne peux pas répondre mais un jour elle avait enlevé son soutien-gorge...", lâche-t-il. "Et ?", coupe sèchement la présidente. "Je l'ai pris comme un encouragement." Dans la salle, l'embarras est total. Au fond, les fils du prévenu, aussi parents des victimes, soupirent devant ces réponses déplacées.
La présidente revient alors sur l'audition de garde à vue du 1er juin 2026, où l'octogénaire affirmait qu'il n'y avait pas eu d'agression, faute de violences. "Je maintiens, mais la psychologue m'a fait comprendre qu'il n'y a pas de consentement chez les enfants", répond-il, contradictoire, toujours aussi malaisant.
"Je l'ai pris comme un encouragement"Interrogé sur sa personnalité, lui qui n'a jamais eu affaire à la justice, l'octogénaire évoque alors son épouse, dépendante selon lui, atteinte de la maladie d'Alzheimer, qui aurait besoin de sa présence.
C'est trop pour l'un de ses fils. D'un revers de main, le quinquagénaire balaie cette excuse. "Elle voulait être présente à ce procès, c'est un manipulateur qui fait tout pour minimiser sa peine en disant qu'elle est dépendante", lâche-t-il, avant de fixer son père, qui ne le regarde pas dans les yeux : "Il n'est pas bête, il sait ce qu'il fait."
L'émotion est palpable lorsque Me Élodie Cipière prend la parole, après ce déballage d'un huis clos familial. Elle salue sa cliente, qui "a eu le courage de parler", au prix de nombreuses séances chez un thérapeute.
De son côté, l'avocate de l'autre petite-fille, âgée de six ans à l'époque des faits, résume la scène avec lucidité : "Il a compris les réponses que l'on attendait de lui et on a compris qu'il n'avait rien compris."
"Il a le discours de certains intellectuels des années 70 soutenant la pédophilie"À la barre du ministère public, la vice-procureure Magalie Bordes ne cache pas son malaise. "Ce qui est le plus choquant, c'est son positionnement", déplore-t-elle, établissant un parallèle avec les discours de certains intellectuels des années 1970 qui prônaient la pédophilie. "Il est resté bloqué dans cette époque."
Le mode opératoire, "ritualisé", lui paraît "vicieux" ; elle dit douter qu'il n'y ait pas eu d'autres victimes. Elle requiert 4 ans d'emprisonnement, dont 3 ans avec sursis probatoire, les 12 mois ferme restants devant être purgés sous bracelet électronique.
"Il ne supporterait pas la prison"En défense, Me Héloïse Zinutti tente une autre lecture. "Il ne nie pas, ne dit pas qu'elles mentent... il a compris que c'est interdit", plaide-t-elle, avant de mettre en avant l'âge de son client et sa santé dégradée : un cancer de la peau, qu'il ne supporterait pas, selon elle, une incarcération.
Le tribunal n'entend pas les choses ainsi. Il va au-delà des réquisitions du ministère public et choisit d'écrouer l'octogénaire. Michel est condamné à 4 ans de prison, dont 2 ans avec sursis probatoire. Les deux années fermes restantes seront exécutées avec mandat de dépôt différé.