C'était une promesse de campagne qui ne passe toujours pas auprès des conseillers municipaux de Foix, en Ariège. La vidéoprotection a suscité deux heures de débats lors du conseil municipal du samedi 19 septembre,...
l'essentiel C'était une promesse de campagne qui ne passe toujours pas auprès des conseillers municipaux de Foix, en Ariège. La vidéoprotection a suscité deux heures de débats lors du conseil municipal du samedi 19 septembre, avant d'être adoptée. Chez les Fuxéens, le dossier divise également. La Dépêche vous explique.
Après avoir augmenté les effectifs de la police municipale et engagé son armement, Jérôme Matéos passe à la troisième promesse de campagne consacrée à la sécurité à Foix, en Ariège : la vidéoprotection. Un projet qu’il entend mener jusqu’au bout, malgré les critiques de l’opposition et les interrogations sur son coût. "Nous y sommes. Ce n’est pas une surprise, je l’ai dit, je le fais. Je vais rester droit dans mes bottes concernant mon programme", assume le maire.
Le dossier a été officiellement inscrit lors du conseil municipal du samedi 19 septembre, à l’occasion des décisions modificatives du budget en section investissement. L’adjointe aux finances, à l’administration générale et à la commande publique, Carole Ghirardi, a détaillé les crédits nécessaires. "Elle va nécessiter une autorisation de programme d’un montant de 1 270 000 euros, avec un crédit de paiement pour 2026 de 330 000 euros. Ce montant comprend aussi le financement des travaux de réseaux et de voirie, les autorisations de l’architecte des Bâtiments de France et l’achat des premières caméras."
"Aucun ne m’a dit : non, ne le fais pas"Le montant et l’efficacité du dispositif font immédiatement réagir l’opposition. Alexandre Besson, du groupe Foix en commun.e, conteste notamment l’intérêt de la vidéoprotection pour lutter contre la délinquance. Il s’appuie sur plusieurs études.
"Celle commandée par la gendarmerie conclut que la vidéoprotection ne bénéficie pas à l’enquête judiciaire", affirme l’élu. Il cite également la Cour des comptes, selon laquelle "aucune corrélation globale n’a été révélée entre l’existence de dispositifs de vidéoprotection et le niveau de la délinquance". Avant de poursuivre : "Pour rappel, Nice était la ville la plus vidéosurveillée de France au moment des terribles attentats sur sa promenade."
Des arguments qui ne convainquent pas le maire. Jérôme Matéos assure avoir consulté plusieurs responsables des forces de sécurité et de la justice. "J’ai eu des rendez-vous avec le procureur de la République, le colonel de gendarmerie, le directeur de la police nationale et le préfet. Aucun ne m’a dit : “Non, ne le fais pas, cela ne va pas nous servir.”"
Un sujet qui diviseChez les Fuxéens, le sujet divise également. Pour Yamna, les caméras permettront de faire drastiquement baisser la délinquance et de garder les gens "calmes". Pamela est beaucoup plus sceptique : "Cela ne fera que déplacer le problème. Ils iront autre part, là où il n’y en aura pas."
Une retraitée partage cette analyse et estime qu’une hausse des effectifs de police et davantage de rondes seraient plus utiles. Selon Marine Bordes, de telles patrouilles, à pied ou à vélo, avaient été mises en place lorsqu’elle était maire.
Un investissement jugé "énorme"Au-delà de leur efficacité, c’est surtout le coût du projet qui cristallise les critiques. Alexandre Besson le qualifie de "perte probable". "La seule chose qui est prouvée avec la vidéosurveillance, c’est qu’elle engraisse de riches actionnaires sur le dos de nos communes", lance-t-il. "Un engraissement d’1,3 million d’euros."
L’élu souhaiterait plutôt consacrer cette somme au médical, aux écoles, aux associations ou encore au logement. "Je plaide coupable de ne pas supporter le gaspillage de l’argent public", scande-t-il avant de laisser la parole à Fabien Guichoux, du groupe Foix Cap 2032.
Ce dernier se dit favorable aux caméras, tout en appelant à mesurer leur coût. "La vidéoprotection coûtera 300 000 euros par an pendant quatre années, ce n’est pas une paille. De nombreux projets seront occultés au bénéfice de ce type de politique. Nous trouvons que c’est excessif."
"Ils devraient l’investir ailleurs"Chez les habitants interrogés, le constat sur le montant est largement partagé. "C’est énorme, ils devraient l’investir ailleurs que dans des caméras", dénonce Pamela. La retraitée estime que des rondes supplémentaires permettraient aussi de créer de l’emploi.
Jérôme Matéos, lui, assume la dépense et juge l’investissement supportable pour les finances municipales. "Rapporté aux sept ans du mandat, cela ne fragilise pas les finances de la ville. Je pense que Foix peut se le permettre."
Des caméras aux entrées de ville et près des établissements scolairesLe futur dispositif reposera sur un maillage de la commune. Des caméras doivent être installées aux entrées et sorties de Foix, mais aussi à plusieurs points considérés comme stratégiques, notamment à la cité Pierre-Faure et à Aimé-Surre, ainsi que devant le collège Lakanal et le lycée Gabriel-Fauré.
Pour le maire, il s'agit d'une réponse aux réalités locales. "Ce n’est pas un caprice, mais c’est faire face aux réalités. Pour les dealers, jusqu’à mon arrivée, Foix, c’était le Club Med."
Ces nouvelles caméras viendront s’ajouter aux neuf dispositifs déjà installés sous les mandatures de Marine Bordes. "Quand nous avions travaillé sur ce dossier, nous avions été attentifs au respect des gens. Il y avait d’autres façons de sécuriser la ville", rappelle l’ancienne maire.
Certaines nouvelles caméras pourront également lire automatiquement les plaques d’immatriculation. Jérôme Matéos assume cette fonctionnalité et met en avant son intérêt pour lutter contre certaines infractions. "Nous avons deux ou trois zozos, tous les soirs vers 23 heures ou minuit, qui, sur Villotes, font ce qui ressemble à du rodéo urbain", raconte-t-il. "Je le sais, car je suis un petit dormeur, alors je prends ma Twingo noire et, tel Batman, je parcours la ville. Je vois des choses et interromps quelques pratiques. Je ne parle pas que de trafics."
Pour Pamela, cette technologie pourrait cependant ouvrir la porte à d’autres usages. "Au début, ce sont les plaques, et après ? Qu’est-ce que cela sera ?", interroge-t-elle. Yamna partage ses inquiétudes.
Après près de deux heures de débats, Marine Bordes et Alexandre Besson ont demandé que le vote se déroule à bulletins secrets. La demande a été acceptée par Jérôme Matéos. Le projet de vidéoprotection a finalement été adopté par 20 voix pour, 8 contre et une abstention.